Ce n'est pas tous les jours qu'on voit un film comme Léviathan, on se demande d'ailleurs dans quelle case le ranger, sans doute quelque part entre le documentaire, le film expérimental et l'art contemporain...
Léviathan nous embarque au cœur d'un chalutier, dans la rudesse de la vie des pêcheurs et de l'océan menaçant.
Les réalisateurs Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor, accessoirement anthropologues rattachés au Sensory Ethnography Lab à Harvard (rien que ça), ont filmé à l'aide de caméras GoPros (des petites caméras très flexibles qui offrent des images qui frôlent l'abstraction), l'univers de la pèche en mer en gardant un œil qui n'est ni accusateur ni didactique.
Il faut un peu de temps pour se laisser prendre au truc, les premières images sont très sombres, il n'y a aucun commentaire, juste le bruit sourd de la mer (et d'autres bruits plus mystérieux), c'est souvent complètement abstrait et indéfinissable, limite chiant, et puis on se réveille quand l'image devient sanglante, quand la caméra se noie dans un flot de carcasses de poissons, quand le chalutier dégueule le sang dans l'océan, quand on voit la vie sordide et harassante des pêcheurs filmés au plus près et la violence de leurs gestes répétitifs... on est à la fois troublé et bluffé par l'esthétisme des images, on a l'impression d'être au cœur d'un monstre marin terrifiant, que l'océan va nous engloutir, tout devient oppressant et presque anxiogène, c'est en tout cas une expérience très particulière que de voir (subir ?) ce film.
A réserver à un public de curieux avide d'expériences cinématographiques nouvelles.
6/10
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